06 octobre 2008

L'école d'Aït iazem... petite histoire ! (3)

La petite école qui grandi doit continuer son rayonnement...

La petite école qui se limitait à une seule salle de cour s'est agrandie. Le nombre de salles est multiplié par cinq. La petite école s'est hissée au grade de "Groupe scolaire des Aït iazem" avec un Directeur. C'est une nouvelle étape, rêvée par nos parents, dans la vie de cette école autrefois rattachée au "groupe scolaire des Aït attab". Le nombre d'élève s'est démultiplie. L'école a même ouvert des antennes aux deux extrémités du village : un groupe de salle chez les "Aït Tahallou" et un autre chez les "Aït Talyaste". Un développement qui n'a pas contredis la vision des pionniers : d'abord une école au centre du village, et à l'avenir les besoins dicterons de nouvelles adaptations. C'est chose faite.

La prochaine étape sera de trouver un nom
emblématique pour baptisé cette école de l'espoir et de la fierté de nos anciens. Les anciens élèves de l'école des Aït iazem devront s'engager et accompagner l'école dans cette nouvelle phase. Je lance un appel solennel à toutes les bonnes volontés !

Les résultats scolaires ne sont pas satisfaisants. Les conditions de vie des familles, la rudesse de l'environnement n'encouragent pas la persévérance et la poursuite des études au Collège d'Aït Attab ni ailleurs. Rares les enfants qui franchissent les différentes étapes de la scolarité dans le primaire. Rare sont ceux accomplissent le cycle du collège! Rare ceux qui arrivent au lycée et décrochent leur Bac ! Encore très exceptionnel ceux qui intègrent les études supérieures et universitaires. Une première satisfaction, cependant, la petite école qui monte, contribue largement à l'alphabétisation et à l'acquisition des savoirs de bases (lire, écrire, compter) utiles à la vie quotidienne des enfants des Aït iazem.

Le prochain défi pour les habitants du village et
pour l'école c'est de rivaliser avec la réussite et les taux d'accès au collège, au lycée voire à l'université des écoles du royaume .

11 septembre 2008

Habitat, familles, et vie sociale... petite histoire ! (2)

"Amazire" pour faire durer l'unité de la famille...

La réponse à la forte densité de population et la satisfaction des besoins de la famille se traduit par la construction d'extensions attenantes à tighremt pour préserver l'unité de la famille et s'assurer des espaces supplémentaires suffisants pour le bétail.

Ce nouvel ensemble est construit en pierre. Les toitures sont faites de bois, de terre, de poutres, de poutrelles de moindre qualité et de branches de palmiers nains. Ces nouvelles extensions sont souvent de simple rez-de-chaussée.

Le principe de construction d'amazire consiste en une simple délimitation d'un espace complémentaire à tighremt avec des préaux (
amalale). Un puits de lumière éclaire l'ensemble, vu la quasi inexistence de fenêtre donnant sur l'extérieur.

Amazire évolue aussi en fonction des besoins de la famille en chambres pour les nouveaux couples. Les chambres à l'étage d'
amazire voient leur apparition sous forme de salons de réception (tamesrite) et rarement sous forme de chambres pour les jeunes couples. Les familles évitent les constructions à l'étage pour limiter les tentatives d'escalade des murs par les pillards en période d'instabilité (sayba). C'est pourquoi la création des chambres dans cet espace privilégie la simple transformation des préaux en chambres.

L'autonomie des couples se manifeste par la séparation de la gestion des foyers. Chaque couple vie uniquement avec le mari, sa femme et leurs enfants. Cette autonomie se traduit : soit une simple délimitation des espaces occupés dans
tighremt et amazire ; soit par une séparation physique. Tighremt et amazire sont dans ce cas découpés, quitte à construire des murs séparateurs et à percer les murs pour créer des portes de sortie indépendantes.

C'est ce qui explique l'étalement de ces logements en pierre attenants les uns aux autres dans le prolongement de
tighremt et ses extensions initiales.

07 septembre 2008

"Tadah" ou le sens du rituel... un hommage !

Les Aït iazem ont scellé un pacte social avec les Aït bouzid. Ce pacte, appelé "Tadah", assurait aux ressortissants des deux tribus la sécurité sur leur territoire réciproque et une solidarité sans faille face à l'ennemi.

En hommage à feu Mohamed Hassani, et en reconnaissance à sa veuve, tous deux originaires des Aït bouzid, pour leur qualité humaine, le sens de l'hospitalité et de l'amitié, je veux leur témoigner par ces quelques lignes mes remerciements et ma grande admiration. C'est d'ailleurs madame Hassani qui m'a appris l'existence et le bien fondé du pacte qui lie les Aït iazem et les Aït bouzid. Aujourd'hui, je mesure le choix des Aït iazem et j'apprécie à sa juste valeur, à travers ces deux personnes, le bien fondé d'un pacte ancestrale (tadah) basé sur le respect mutuel et l'engagement pour la protection de l'autre.

Mon témoignage, c'est un clin d'œil à travers un extrait du livre "Reconnaissance du Maroc" publié en 1887 par l'écrivain voyageur français Charles de Foucauld, où il a transcrit ses impressions et observations sur le Maroc et les Marocains. Il a séjourné chez les Aït bouzid du 20 septembre au 1er octobre 1883. Voilà ce que nous rapporte Charles de Foucauld à propos des Aït bouzid :
"Les Aït bouzid, chez lesquels je suis, sont de race tamazirt (chleuha) et indépendants. Leur territoire, tout en montagne, occupe la portion du Moyen Atlas bornée au nord par le Tâdla, au sud par l'Ouad el Abid, à l'est par les Aït Atta d'Amalou, à l'ouest par les Aït Atab et les Aït Aïad. (...). Cette tribu est renommée pour sa richesse : en effet, tant que je serai sur ses terres, je ne cesserai d'admirer des preuves de l'intelligence et de l'activité des habitants ; nulle part au Maroc les cultures ne m'ont paru mieux soignées, les chemins aussi bien aménagés, dans un pays plus difficile. Toutes les portions du sol dont on a pu tirer parti sont plantées : ici sont des blés, là des légumes, ailleurs des oliviers ; ils s'étagent par gradins, une succession de murs en maçonnerie retenant les terres ; sur ces pentes raides, on ne peut labourer à la charrue; tout se travaille à la pioche. Les chemins sont la plupart bordés de bourrelets de pierre ; en certains points sont taillés dans le rocs : des consoles les soutiennent, des ponts jetés au-dessus des crevasses. Les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée, mais sont bien construites ; elles sont en pierre cimentée, mais non taillée. Les tirremts sont nombreuses et grandes ; quelques- unes, se dressant au sommet de rocs escarpés, semblent presque inaccessibles. Ces ouvrages témoignent d'une population active et industrieuse. (...)
."
Éditions du Jasmin, mars 1999, page 120.

04 septembre 2008

Habitat, famille et vie sociale... petite histoire (1)

"Tighremt" élément structurant de la vie sociale du douar !

Comme dans la plupart des villages de l'Atlas marocain, les logements étaient construits à base d'éléments naturels locaux : terre, pierre, bois, branches de palmier nain. Cette architecture rurale est organisée autour de deux composantes de l'habitat des villages : tighremt et amazire.

C'est d'ailleurs autour de tighremt que se structurait la vie sociale des premiers hameaux (douars) du village. Ce groupe humain est issu d'une même famille. Tighremt est à la foi un logement "noble" et symbole de richesse de la famille. Son architecture, la qualité des matériaux utilisées, sa taille, sa hauteur, sa composition témoignent du rang de la famille dans le village. Des extensions à ce logement de prestige sont ajoutés au gré de l'agrandissement de la famille et de l'évolution de la nature de ses besoins.

La construction de tighremt, qui nécessite un savoir faire, obéit aux règles de construction ancestrales. C'est sans doute ce qui explique le recours des Aït iazem, à l'expertise des Aït Atta, professionnels ingénieux de la construction en pisé "taboute". Les Aït atta sont originaires du sud marocain, région qui se distingue par les trésors de cette architecture en taboute.

Les murs des maisons tighremt sont posés sur des fondations en pierre. Ils consistent en un ingénieux mélange de terre et de chaux mouillées, compactées et damées dans une sorte de coffrage en bois (kaleb de l'louh). Le taboute est une méthode de construction monolithique en terre crue damée dans un kaleb. La qualité du taboute est fonction des matériaux utilisés, de préférence un mélange de terre, de préférence graveleuse ou argileuse, voire fine et mélangée avec de la chaux. La chaux donne de la résistance au taboute. Les toitures sont faites en terre, avec des poutres, (imaaradenes), des poutrelles (tiguejdas), de petits morceaux de bois fendus (tiferssas) et des feuilles de palmiers nains (tiguezedamte). Les familles modestes se contentent d'un taboute en terre et de bois bas de gamme.

A Aït iazem, tighremt est souvent composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage. Le nombre de chambres est rarement supérieur à quatre par niveau. Un puits de lumière éclaire l'ensemble du patio (amalale), vu le petit nombre et la petitesse des fenêtres qui donnent sur l'extérieur. Tighremt est aussi flanquée de quatre tours (bourges) souvent de la même hauteur que tighremt. Certaines familles préfèrent rehausser un des bourges pour en faire une véritable tour de contrôle et de surveillance dominant le douar. C'est le cas de tighremt des Aït ouaârab. Les autres bourges étant dédiés au stockages
(lakhzine) des récoltes et des biens de la famille et des couples.

La forte densité des familles, le niveau de recherche d'autonomie par les couples et leur niveau de vie se traduisent soit par l'agrandissement des extensions
attenantes à tighremt, soit par la construction d'une nouvelle tighremt symbole d'autonomisation d'un couple par rapport à sa famille.

L'école d'Aït iazem... petite histoire ! (2)

Que sont devenus les premiers élèves ?

J’ai fait partie de la première promotion de la nouvelle école d'Aït iazem. La classe était très surchargée : 3 élèves par banc. Les bancs étaient dressés en quatre rangées cette année là. Je dirais en tout 60 élèves. Une classe très hétérogène en terme d’âges avec une majorité de garçons.

Que sont-ils devenus ?

A ma connaissance, seuls deux élèves ont terminé leur enseignement de primaire et ont poursuivi des études secondaires et universitaires. Comme quoi la clairvoyance des parents ne suffisait pas pour que l’effort entrepris pour la création de l’école puisse se prolonger au-delà du primaire. Le parcours scolaire de la majorité des élèves n’a pas franchi le CE2. La fermeture de l’école au cours de l’année scolaire 1965/1966 a contribué à l'abandon de la scolarisation par la grande majorité des élèves. Les conditions économiques des parents et la distance qui sépare le village d'Aït iazem de l'école d
'Aït attab n'ont pas facilité la poursuite des études hors du village.

03 septembre 2008

L'eau au coeur de la vie... petite histoire ! (2)

Le bassin de rétention des eaux de sources et de puits ou "Tamda"

La bonne gestion de l'eau "vivante" a toujours été au centre des préoccupations des Aït iazem. Le village avait une double tradition : le creusement de puits et l'aménagement des sources d'eau.

Tous les hameaux composant le village disposent de leurs propres puits d'eau. La plupart de ces puits étaient à usage collectif. Rares étaient les familles qui disposaient de puits privés souvent clôturés. Ces puits sont plus au moins renommés, plus au moins anciens. Le plus célèbre pour sa capacité d'alimentation en eau, la pérennité de son débit et la qualité de son eau étaient celui de "
Amhrousse". Souvent les profondeurs de ces puits étaient raisonnables, ce qui facilitent la tâche des habitants pour la récupération de l'eau pour l'usage domestique.

A côté de réseau de puits, Aït iazem bénéficiait de sources plus nombreuses les années à forte pluviométrie. Rares étaient les sources qui fonctionnaient les périodes de longue sècheresse. Les plus célèbres étaient celles d
e Aglagal chez Inadjarenne, de Tamda n'Aït m'hand chez les Aït Tahallou et de Tagounsa chez les Aït Ouaârab... Elles étaient souvent équipées d'une Tamda, c'est à dire d'un bassin de rétention d'eau. Ces retenues d'eaux étaient destinées à l'irrigation des oliviers et de jardins de maraîchage. Parallèlement, certains puits avaient leur Tamda, c'est le cas du puits de Amhrousse, destiné aux mêmes usages que celles des sources.

L'eau au coeur de la vie... petite histoire ! (1)

Les réservoirs d'eau ou "Tanotfi"

"
De l'eau nous avons créé toutes choses vivantes". Ce verset du saint Coran, connu de tous, fait partie de la réalité des villageois, qui le mettent en pratique.

La première réponse ingénieuse apportée par les Aït iazem, c'était sans doute la construction des réservoirs pour la récupération de l'eau de pluie appelés "
tanotfi". Écologistes avant l'heure et qui s'ignorent !

Le village comptait au moins un réservoir par
douar. Ces châteaux d'eau sont de solides ouvrages. Ces réservoirs étaient construits sur le principe de pièces en sous-sol aménagées exclusivement pour cet usage. Les murs et les toits voûtés construits en pierre sont isolés avec un mélange de terre fine mélangée à de la chaux. Ce mélange assure l'étanchéité de tanotfi, permet d'éviter la prolifération des mousses et garantit la conservation d'eau dans la durée. Avant l'arrivée dans tanotfi les eaux de pluie sont filtrées dans un petit bassin (sarhije). Les impuretés et les boues se déposent dans ce petit bassin.

Les eaux récupérées n'étaient pas destinées à la consommation des personnes. Elles étaient utilisées exclusivement pour les tâches ménagères (nettoyage du linge, abreuvage des cheptels, arrosage des pieds de vignes, de figuiers...). Quand il s'agit d'usage domestique (boire, cuisiner), ce qui est très rare, cette eau est filtrée, voire bouillie et refroidie avant consommation.