"Tighremt" élément structurant de la vie sociale du douar !
Comme dans la plupart des villages de l'Atlas marocain, les logements étaient construits à base d'éléments naturels locaux : terre, pierre, bois, branches de palmier nain. Cette architecture rurale est organisée autour de deux composantes de l'habitat des villages : tighremt et amazire.
C'est d'ailleurs autour de tighremt que se structurait la vie sociale des premiers hameaux (douars) du village. Ce groupe humain est issu d'une même famille. Tighremt est à la foi un logement "noble" et symbole de richesse de la famille. Son architecture, la qualité des matériaux utilisées, sa taille, sa hauteur, sa composition témoignent du rang de la famille dans le village. Des extensions à ce logement de prestige sont ajoutés au gré de l'agrandissement de la famille et de l'évolution de la nature de ses besoins.
La construction de tighremt, qui nécessite un savoir faire, obéit aux règles de construction ancestrales. C'est sans doute ce qui explique le recours des Aït iazem, à l'expertise des Aït Atta, professionnels ingénieux de la construction en pisé "taboute". Les Aït atta sont originaires du sud marocain, région qui se distingue par les trésors de cette architecture en taboute.
Les murs des maisons tighremt sont posés sur des fondations en pierre. Ils consistent en un ingénieux mélange de terre et de chaux mouillées, compactées et damées dans une sorte de coffrage en bois (kaleb de l'louh). Le taboute est une méthode de construction monolithique en terre crue damée dans un kaleb. La qualité du taboute est fonction des matériaux utilisés, de préférence un mélange de terre, de préférence graveleuse ou argileuse, voire fine et mélangée avec de la chaux. La chaux donne de la résistance au taboute. Les toitures sont faites en terre, avec des poutres, (imaaradenes), des poutrelles (tiguejdas), de petits morceaux de bois fendus (tiferssas) et des feuilles de palmiers nains (tiguezedamte). Les familles modestes se contentent d'un taboute en terre et de bois bas de gamme.
A Aït iazem, tighremt est souvent composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage. Le nombre de chambres est rarement supérieur à quatre par niveau. Un puits de lumière éclaire l'ensemble du patio (amalale), vu le petit nombre et la petitesse des fenêtres qui donnent sur l'extérieur. Tighremt est aussi flanquée de quatre tours (bourges) souvent de la même hauteur que tighremt. Certaines familles préfèrent rehausser un des bourges pour en faire une véritable tour de contrôle et de surveillance dominant le douar. C'est le cas de tighremt des Aït ouaârab. Les autres bourges étant dédiés au stockages (lakhzine) des récoltes et des biens de la famille et des couples.
La forte densité des familles, le niveau de recherche d'autonomie par les couples et leur niveau de vie se traduisent soit par l'agrandissement des extensions attenantes à tighremt, soit par la construction d'une nouvelle tighremt symbole d'autonomisation d'un couple par rapport à sa famille.